traduit par Stephane Gasperment

 

 

 

1

 

La maison d’en face a beaucoup d’ yeux. Je ne les ai pas comptés et je ne sais pas quel sorte de magicien les allume , quand la nuit telle une maigre louve surgit sur la ville .

 

2

 

Pendant des heures mon bien-aimé reste debout silencieux à la fenêtre. ( Je me tiens derrière lui avec un tendre chapelet de perles au cou , il ne me voit pas.) La main du silence s’ouvre juste pour lui. Elle est vide, mais il l’embrasse. Vers le lendemain elle se remplit de poussière dorée et mon bien-aimé se retourne. Ses yeux sont grands ouverts et il rêve. Sa bouche est un gros vers luisant repu.

 

3

 

Cette nuit la fenêtre s’est ouverte et une énorme étoile brûlante roula doucement dans la chambre à coucher. Elle tournait autour du bureau et de la cage de notre vieux bêta de perroquet qui, tout comme moi se tourmentait d’ insomnie . Les deux se regardaient épouvantés . Le perroquet s’évanoui sans bruit et l’étoile se dépêcha de retourner à la fenêtre comme un voleur.

 

4

 

Il a plu pendant la nuit et nous nous sommes aimé. Après je restais étendu encore longtemps éveillée et je pensais à toi. Je ne sais pas , ce qui  me contraignit à me lever. Le sol était froid et j’étais chaude de toi , d’ amour et de sommeil. Dans la maison d’en face se tenait une autre femme à la fenêtre et elle me regardait. Elle était belle. Pour être plus belle , j’enlevais  ma chemise de nuit . Elle fit de même. Ainsi nous nous tenions toutes deux nues et nous nous regardions dans les yeux.

Aucune de nous ne voulais baisser le regard et ainsi perdre. Puis je vis son homme derrière elle. Il voulait la serrer dans ses bras . Et à cet instant comme il l’enlaçait , je baissais le regard et perdis et sentis tes  mains chaudes et endormies sur moi.

 

Il faisait un peu plus clair , nous nous tenions debout à quatre face à face et seule la pluie nous séparait.